IQar : de l’IA générative à l’intelligence métier

En 2026, 55 % des TPE-PME françaises utilisent des IA génératives, contre 31 % un an plus tôt. Une adoption accélérée qui ne signifie pas pour autant que l’intelligence artificielle a trouvé sa juste place dans tous les métiers.
Dans les directions de projet, les expérimentations se multiplient, avec des résultats parfois décevants.
Cofondatrice d’IQar, éditeur lyonnais de SuitePro-G, Stéphanie Germain défend une distinction essentielle entre les IA généralistes, devenues des outils de productivité individuelle, et les assistants capables de travailler au cœur des données et des processus métier.
Une conviction qui a conduit IQar à engager dès 2023 un programme de R&D, soutenu par Bpifrance dans le cadre de France 2030. Trois ans de développement et plus de quinze clients pilotes plus tard, l’entreprise lance Matt, son assistant PPM natif.
L’IA s’est largement diffusée dans les entreprises. Pourquoi son utilisation en gestion de projet reste-t-elle, selon vous, en deçà des attentes ?
Il y a une confusion que le marché entretient depuis deux ans et qui coûte cher aux organisations. L’IA généraliste, telle que ChatGPT, Copilot, Gemini, est un outil de productivité personnelle. Elle rédige, reformule, synthétise. Elle ne connaît pas vos projets, vos jalons, vos budgets, vos dérives, vos RIDA.
Quand vous lui demandez d’analyser votre portefeuille, elle vous répond avec des bonnes pratiques tirées de sa base d’entraînement, pas avec vos données réelles. Dans les PMO et les directions de projet, on a donc parfois testé, été déçu, puis repris Excel. Pas parce que l’IA est mauvaise, mais parce qu’on a utilisé la mauvaise IA au mauvais endroit.
Les outils PPM modernes intègrent désormais des briques IA, mais ce sont souvent des couches ajoutées par-dessus des outils existants. Or, être alimenté ponctuellement par des données et travailler sur un portefeuille vivant sont deux choses très différentes.
Cette distinction entre IA généraliste et assistant métier était-elle au cœur de votre démarche dès le départ ?
Oui. Chez IQar, nous n’avons pas attendu l’effet de mode. Dès 2023, nous avons recruté une personne dédiée à l’IA et engagé un programme de R&D soutenu par Bpifrance dans le cadre du plan France 2030.
Avec Erick Athier, nous portions une conviction de longue date : l’IA ne pouvait apporter de valeur réelle en gestion de projet que si elle était native dans l’outil, travaillant sur les données réelles du portefeuille, en temps réel.
Erick, expert en gouvernance de portefeuille avec plus de 200 projets à son actif, avait une certitude : pas une IA généraliste, un assistant métier.
Il aura fallu trois ans de développement, une équipe dédiée et des itérations constantes avec plus de quinze clients pilotes pour aboutir à Matt.
Vous présentez Matt comme un assistant PPM plutôt que comme un chatbot. Que recouvre cette différence au quotidien ?
Matt n’est pas une IA connectée à SuitePro-G : c’est une fonctionnalité native, au même titre que le tableau de bord ou le registre de risques. Il connaît les projets, les jalons, les budgets, les RIDA et travaille sur les données réelles du portefeuille.
Cela permet trois usages très concrets. En langage naturel, le PMO peut demander : « Quels projets dérivent en ce moment ? » et obtenir une réponse en quelques secondes. Depuis l’écran météo projet, un « Magic Button » déclenche un processus complet : météo actualisée, RIDA mis à jour, risques recalculés, présentation COPIL générée. Trente secondes au lieu de vingt minutes.
Enfin, en surveillance autonome, Matt peut alerter sur les dérives même lorsque le PMO n’est pas connecté. Ce n’est pas un gain marginal. C’est une redistribution structurelle du temps de pilotage.
Automatiser une partie du pilotage pose nécessairement la question de ce qui doit rester entre les mains du chef de projet. Où placez-vous la limite ?
La décision reste humaine, toujours. Matt ne remplace pas le chef de projet et ne décide pas à sa place. Il fournit les données, produit les livrables, alerte sur les dérives. L’arbitrage stratégique en COMEX, la gestion des tensions entre parties prenantes, la conduite du changement : c’est le territoire du PMO, et il doit le rester.
Ce que Matt change, c’est le temps disponible pour exercer ce jugement. Quand un chef de projet passe 80 % de son temps à produire du reporting et 20 % à piloter, l’assistant natif inverse cette proportion. Un PMO qui pilote vraiment est un PMO qui crée de la valeur pour son organisation.
Travailler directement sur les données du portefeuille rend aussi leur protection particulièrement sensible. Comment avez-vous abordé cet enjeu ?
C’est un sujet non négociable. 70 % des PME ont démarré leur adoption de l’IA par une solution logicielle existante. Mais une question est encore trop souvent traitée tardivement : où vont les données ?
Pour un PMO, elles comptent parmi les plus sensibles de l’entreprise : jalons, budgets, ressources, risques, décisions en cours. Les confier à une IA hébergée hors de l’Union européenne, soumise au Cloud Act américain, n’est pas anodin.
Matt est hébergé sur les serveurs d’IQar à Lyon, en circuit fermé. Les données ne quittent jamais SuitePro-G. Pas d’OpenAI, pas de Microsoft, pas de Google. La souveraineté numérique n’est pas un argument marketing : c’est un prérequis réglementaire pour de nombreux secteurs en France. Un test d’intrusion annuel réalisé par I-Trust vient compléter ce dispositif.
Après le temps des expérimentations, entre-t-on dans une nouvelle phase de l’adoption de l’IA ?
Bpifrance prévoit de soutenir l’IA à hauteur de 10 milliards d’euros d’ici 2030 et plus de 15 000 entreprises ont déjà été formées dans le cadre du programme IA Booster France 2030. Le signal est clair : l’IA n’est plus une curiosité technologique, c’est un enjeu stratégique d’entreprise.
Mais structurer son approche ne signifie pas brancher une IA généraliste sur son portefeuille. Il s’agit de choisir un assistant qui connaît votre métier, vos données, votre contexte et qui agit directement dans votre outil, sans projet d’intégration à six mois.
L’ère de l’IA générique en gestion de projet est déjà terminée. L’ère de l’assistant PPM natif commence.
"Article initialement publié dans Le Point, le 29 septembre 2026." : https://www.lepoint.fr/stories/iqar-de-lia-generative-a-lintelligence-metier-GG5GQMGY3REY3AFLACY2Q6K5G4/
Je suis Stéphanie Germain, co-gérante d'IQar, éditeur français de la solution PPM SuitePro-G, référencée sur le catalogue UGAP. Coach professionnelle certifiée, j'accompagne depuis plus de 20 ans des PMO, DSI et COMEX dans la structuration de leur gouvernance de portefeuille de projets.
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Stéphanie Germain
CEO & Co-founder IQar | Experte Gouvernance PPM & PMO
Spécialiste de la gouvernance de portefeuille projets, du pilotage PMO et de la transformation des organisations.
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